Publié en 1963, « La Femme mystifiée » de Betty Friedan demeure une pierre angulaire du féminisme moderne, et ses constats n’ont jamais semblé aussi actuels. À travers une analyse puissante et incisive, Friedan décrivait déjà ce sentiment latent d’insatisfaction et de frustration qui étreignait les femmes à une époque où leur identité était réduite au rôle domestique et maternel. Aujourd’hui encore, ce livre nous éclaire sur les origines profondes des défis contemporains auxquels les femmes font face.
La persistance du mythe : entre liberté apparente et pression sociale
Si les femmes d’aujourd’hui semblent bénéficier d’une liberté de choix incomparable à celle des années 1960, les réalités restent souvent teintées d’ambiguïté. La société continue subtilement d’exercer des pressions sur les femmes, notamment autour de leur rôle de mère. Celles qui choisissent de privilégier leur carrière sont fréquemment confrontées à des jugements moraux sévères, tandis que celles qui optent pour la maternité voient leur parcours professionnel souvent ralenti ou interrompu. Aujourd’hui encore, l’équilibre entre carrière et parentalité ressemble à une course d’obstacles, qui nécessite une redéfinition radicale des attentes sociales et professionnelles.
Éducation et conditionnement : dépasser les stéréotypes dès l’enfance
Betty Friedan soulignait déjà le poids immense de l’éducation dans la construction de l’identité féminine. Aujourd’hui, malgré les discours égalitaires, les stéréotypes de genre perdurent à travers les jouets, les livres, ou encore les médias. Les filles continuent souvent d’être orientées vers des filières dites « féminines », limitant dès le plus jeune âge leur champ des possibles. Investir dans une éducation véritablement égalitaire, permettant aux enfants de choisir librement leur avenir selon leurs aspirations plutôt que leur genre, demeure un enjeu crucial pour bâtir une société équilibrée.
Valoriser le travail des femmes : un enjeu économique et social essentiel
Friedan mettait déjà en lumière la dévalorisation économique des métiers à prédominance féminine, souvent liés au soin, à l’éducation ou à la santé. Aujourd’hui encore, ces métiers restent sous-payés et peu reconnus socialement, malgré leur importance vitale révélée par des crises récentes, comme la pandémie de Covid-19. Cette injustice salariale génère une précarité persistante chez les femmes, avec des conséquences négatives pour l’ensemble de la société. Valoriser économiquement et socialement ces métiers est un impératif économique et moral majeur.
Le coût caché de la maternité : vers une égalité réelle
La question de la conciliation entre maternité et carrière professionnelle, évoquée par Friedan, demeure centrale. Aujourd’hui, nombre de femmes font encore face au « plafond de verre maternel », freinées dans leur ascension professionnelle par leur choix ou leur simple possibilité de devenir mère. Cette situation n’est pas sans conséquences, notamment démographiques, poussant certaines femmes à renoncer à la maternité, faute d’un soutien suffisant. L’égalité réelle passe par une meilleure répartition des rôles familiaux, impliquant pleinement les hommes dans la sphère domestique et éducative.
Un héritage à poursuivre : actualité et nécessité du féminisme
Plus de soixante ans après sa parution, « La Femme mystifiée » résonne toujours puissamment avec les enjeux contemporains. L’apparition de mouvements tels que #MeToo, la sensibilisation accrue aux violences faites aux femmes ou encore les débats actuels sur la charge mentale et la précarité féminine montrent que le combat pour une société réellement égalitaire est loin d’être terminé. Betty Friedan nous invite, encore aujourd’hui, à remettre en question les modèles imposés pour enfin libérer toutes les femmes des carcans sociaux, économiques et culturels qui persistent.
La lecture de « La Femme mystifiée » nous pousse à l’action, rappelant que l’émancipation féminine bénéficie à l’ensemble de la société. Relire Friedan aujourd’hui, c’est se réapproprier un héritage précieux pour affronter ensemble les défis contemporains et continuer à bâtir une société plus juste, inclusive et réellement égalitaire.